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André Masséna (1758-1817)
André Masséna (1758-1817) André Masséna est né à Nice le 6 mai 1758, d’une famille de commerçants levensois établie sur la rive droite du Paillon, à la Bourgade. Il fut baptisé à la cathédrale Sainte-Réparate, et ses descendants offrirent, à la fin du siècle dernier, la splendide paire de candélabres en bronze doré qui en décore le maître-autel aujourd’hui encore.
Le jeune Masséna perdit très tôt son père. Sa mère se remaria, et l’enfant fut élevé par ses oncles et ses grands-parents, qui ne lui donnèrent aucune éducation. Il poussa seul, avec les gamins du port de Nice, parmi lesquels il fit la connaissance de Joseph Bavastro, le futur corsaire.
A treize ans, il travaille comme mousse sur un navire de commerce, et retrouva à Toulon un de ses oncles, engagé dans un régiment français, le Royal-Italien. Il abandonne alors sa vocation maritime pour le rejoindre, en 1775. C’est grâce à cet oncle qu’à dix-sept ans, Masséna apprend à lire, écrire et compter.
Sa carrière militaire en France le déçut. Quoique pourvu d’indéniables qualités de meneur d’hommes et d’instructeur, il ne pouvait aspirer aux grades d’officier, réservés à la noblesse. Il quitte l’armée en 1789, se marie et s’installe à Antibes comme épicier.
La Révolution lui offre une seconde chance militaire. Il s’engage dans la Garde nationale, puis, en 1791, dans un régiment de volontaires. Il en est élu lieutenant-colonel en février 1792, à la veille de l’invasion du comté de Nice.
Rentré dans sa ville natale sous l’uniforme français, il contribue d’une façon décisive à défaire les troupes alliées qui défendaient Nice contre l’invasion. Sa grande carrière militaire commence en 1793 quand, de sa victoire d’Utelle, puis de sa participation au siège de Toulon, il retire les grades de général de brigade puis de division.
Au printemps 1794, il achève de chasser les troupes alliées du comté de Nice par la victoire de Colle ardente (28 avril).
Chaque année le voit, à la tête de ses troupes, aligner les succès : en 1795, à la bataille de Loano; en 1796, désormais sous le commandement de Bonaparte, durant toute la campagne d’Italie; en 1797, à la bataille de Rivoli. En 1799, Bonaparte étant bloqué en Egypte, il commande en chef l’armée de Suisse et défait Autrichiens et Russes à la bataille de Zurich, préservant la France de l’invasion; en 1800, assiégé dans Gênes, il attire sur lui le gros des troupes autrichiennes, que Bonaparte surprend et écrase à Marengo. C’est d’ailleurs durant ce siège qu’il retrouve Joseph Bavastro, qui force régulièrement le blocus naval anglais pour le ravitailler et l’informer.
Masséna prend ensuite part aux grandes campagnes de l’Empire : celle d’Austerlitz, en 1805, où il retient en Italie une partie importante de l’armée autrichienne; celles de 1806 et 1807, où il commande divers corps d’armée dans le royaume de Naples, en Prusse et en Pologne; celle de 1809, enfin, où il ouvre la bataille d’Essling et prend une part décisive à celle de Wagram.
Mais l’âge et la lassitude viennent. Napoléon le nomme en 1811 commandant de l’armée du Portugal, avec pour mission d’en déloger les Anglais. C’est un échec grave. Il est disgrâcié et ne prend plus part aux campagnes suivantes. A la fin de l’Empire, il est relégué comme gouverneur de la région militaire de Marseille.
Lors des Cent-Jours, c’est dans sa circonscription que débarque Napoléon, le 1er mars 1815, à Golfe-Juan. D’abord, il le proscrit, puis se rallie au nouveau régime. Napoléon lui pardonne. Lors de la Seconde Restauration, on lui reprochera son attitude ambigüe et c’est miné par la tuberculose que Masséna s’éteint à Paris le 4 avril 1817.
Masséna est un soldat courageux et un remarquable entraîneur d’hommes. Il développe un sens tactique aigu, où percent parfois des éclairs de talent stratégique. Il est cependant affligé d’une rapacité à toute épreuve, fruit d’une enfance modeste. A deux reprises, lorsqu’il commande l’armée d’occupation de Rome (1797), puis en Suisse, le gouvernement lui retirera son commandement pour n’avoir su réprimer ses instincts pillards, au grand dam de ses propres subordonnés, qui n’étaient pas eux-mêmes des modèles de vertu. Si ce vice était en son temps commun, il n’en vaut pourtant pas absolution.
A l’égard de Nice, l’attitude de Masséna est assez lointaine. Il n’interviendra véritablement qu’en 1812, pour hâter la décision d’y établir le lycée Impérial, matrice de celui qui porte son nom. Cependant, ses contemporains reconnaissent en lui une sorte de précurseur du choix de 1860 et surtout un modèle de force guerrière. C’est pourquoi, dès les années 1830, la Ville de Nice donna aux voies conduisant vers la France (rue et place) le nom de Masséna. En 1869, on lui dédia une statue. Enfin, en 1901, ses descendants firent construire une splendide villa sur la promenade des Anglais, et la léguèrent dans les années 1920 à la Ville pour y établir un musée d’art et d’histoire portant son nom.
Napoléon avait donné à Masséna le surnom d’ "Enfant chéri de la victoire ". Il l’a fait maréchal à la première promotion, celle de 1804, duc de Rivoli en 1808 et prince d’Essling en 1810, décoré de la Légion d’Honneur et comblé d’honneurs. L’homme courageux qu’il était méritait ces distinctions.

